18/09/2008

Confiance : sniping range unlimited

La culasse est happée vers l’arrière, avec force mais maîtrise, de la main gauche, la même main possédant un contrat d’assurance quotidien avec la veuve poignet.

La position est stabilisée, le diazépam ingurgité, l’œil se glisse dans la lunette comme la verge d’un violeur dans la matrice de sa victime. La cible est verrouillée, cela pourrait être un troufion allemand dans les rues de Stalingrad, un gosse bosniaque dans les rues de Sarajevo ou un sergent américain dans les faubourgs de Bagdad mais ici, c’est la confiance qui est mise en joue. « Bang », l’intensité quantique de l’existence n’est jamais aussi prononcée qu’au moment infiniment imperceptible précédant la mort. Une sorte de cordon invisible étiré entre un passé flash et un présent/continuum avorté. La poudre mise à feu subit l’assaut sournois du percuteur, le coup part, le point de non-retour est franchi, 7.62mm, le calibre, à multiplier par 50 tonnes, le poids du vice. Entassé en une masse compacte, sorte de gélatine recomposée en tissu de conneries, la matière la plus solide au monde, la boîte noire des apocalypses sentimentales, relationnelles, humaines.

 

Telle est l’équation terminale, la mathématique du meurtre, la comptabilité en partie double édictée par les financiers du crime, l’opulent théorème macabre du dernier souffle de vertu. Quelques témoins éberlués parcouru par le frisson du drame, par l’alchimie incohérente du questionnement, observent impuissants le flirt indécent de l’hémoglobine et du béton, idylle née de la boîte crânienne ouverte à l’image d’un Pandore assassiné. La première règle prévoit de ne jamais tourner le dos à Mr. Confiance, il aime vous trouer par derrière comme une gigantesque plate-forme de forage invisible au fond des mers de votre conscience. Le trépan, c’est le doute, le doute instigateur de tout abandon. Les hydrocarbures en prospection sont ces petites parcelles d’innocence que la vie vous apprend à cacher dans les recoins secrets de votre être, cette palissade ontologique destinée à protéger la fragilité que chacun porte intrinsèquement et qui s’avère fatale dans un monde de cruauté et de sang.

 

Alors Mr. Confiance sort les violons, les violoncelles pour être exact, il en joue fort bien d’ailleurs, un virtuose de sournoiserie, le Rostropovitch du mensonge maquillé, le Prokofiev du son cataclysmique endogène, à l’image d’un dirlo-catho-mégalo-schizo qui suiciderait sa cohérence dans un riff de métal post-nucléaire. La transcription ondulatoire du blasphème acoustique à l’échelle planétaire, l’incarnation désincarnée d’un invisible devenu matériel, le graphique hertzien de l’os qui te pilonne l’anus sans douleur ni violence, comme le bourdonnement effrayant produit par le silence d’une nuit qui tombe. L’archet cours sur les alvéoles des cœurs imprudents, il tente de séduire, de glisser avec le consentement de l’intéressé, à travers la palissade de tous les interdits, comme l’on dévergonde une vierge ; et il y parvient, car il est fait pour ça, c’est son job, il a aussi droit à la rémunération des salopards qui sourient avant de commettre l’irréparable. La rémunération ou plutôt le salaire, en tant que contrepartie directe pour satisfaire l’ogre sémantique, consiste en l’ouverture de portes scellées, un accès direct et sécurisé vers la salle des coffres des blessures enfouies et des erreurs à ne pas dupliquer.

 

Du violon au H&K MSG-90, il n’y a qu’un pas, le geste est tout aussi assuré et tout aussi vicieux, tout aussi invisible et tout aussi meurtrier. On a toujours le sourire quand la balle sort du canon, on est toujours incrédule quand on se fait sniper, on est toujours idiot quand on fait confiance, on est toujours béat quand on se fait entuber…et on est toujours paranoïaque si l’on pense le contraire.

 

L’Homme dans l’étendue insondable de sa diversité, possède tout de même quelques substrats communs viciant son cortex de façon systématique à travers les âges. La première d’entre elles, serait probablement la propension frénétique à se précipiter dans les trous qu’il a lui-même creusé, comme autant de tranchées métaphysiques ouvertes sur le regard d’un Dieu à géométrie variable, à répéter encore et encore les erreurs sur lesquelles il disserte pourtant avec une acuité performative valant le détour. Alors il recommence, car il a été programmé pour ça, l’homme est une machine comme les autres, sauf que le critère déterminant de sa perfection est l’irréparable faille de son imperfection, c’est cela qui le rend si beau, si con, si humain.

 

La vie est un cycle composé de microcycles c’est pourquoi je suis là, c’est pourquoi j’écris, c’est pourquoi je le fais ici alors que j’aurais pu le faire ailleurs ou pas du tout, c’est pourquoi je m’attends à recevoir toujours aussi peu de commentaires venant des mêmes personnes si elles existent encore sur ce bout de virtualité conquérante, c’est pourquoi secrètement mon ego espère qu’il en sera autrement, c’est pourquoi j’aime l’infinité que l’écriture procure, comme le désert, les étoiles, l’océan ou la mort, c’est pourquoi j’aime utiliser une forme légèrement tordue, proportionnellement hermétique à la motivation du lecteur, c’est pourquoi je vous fait confiance en ne vous connaissant pas.

 

Ne vous détrompez pas, la confiance est indispensable dans ce monde…

                  comme les mots et les bombes.

 

 

 

15:05 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

yo man oui je me souviens de toi bien entendu. Oui le Kalach Hotel n'a que peu changé si ce n'est qu'il continue d'ouvrir ses lugubres succursales dans le monde entier. cet été la Géorgie, le mois prochain sans doute en Afrique,à nouveau. ainsi va le monde...
et toi ça roule?
à bientôt.

el djim
fatigué d'essayer d'apprendre à voir.

Écrit par : jim | 19/09/2008

se souvient

Écrit par : crysalidea | 21/09/2008

Maintenant c'est Gaza Bonsoir l'Apôtre du Vent.
Je te croyais envolé, par une rafale, mais miracle, tu as posté, et j'ai raté cela.
Oui, l'Humain est con et égoïste, et le Monde va de plus en plus mal.
Amitiés

Écrit par : Geronimo | 11/01/2009

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