25/11/2006

La métaheuristique de la Foi

Immatérielle. Inexplicable. Irrationnelle. Insondable. Infinie parfois, rarement, de plus en plus exceptionnellement. La Foi propulse le message supinateur de la main qui prie, celle qui prie le Dieu des derniers rêves humains. Elle est un éjaculateur de désirs coupables poussant le prieur jusqu’à la contrition du sadisme cathartique, une sorte de gigantesque scala-santa de lâcheté camouflée, calfeutrée derrière les hauts murs de la Vérité perdue. La Foi manipule le ciseau fédérateur de la scarification intellectuelle de masse, l’arme absolue déposée dans les mains de ses détracteurs afin d’anéantir son sens originel. De syndrome mystificateur individuel, elle se répand comme  une embolie cérébrale de dévolution globale. Loin d’être singulière, elle est plus que jamais plurielle, démultipliée, fractionnée, divisée, tout en recoupant les cercles concentriques d’incohérence dans le but inavoué d’amener l’humanité vacillante vers son irrémédiable chute.

 

Scindée principalement en deux foyers génériques distincts, elle ne remplit plus efficacement son rôle : d’une part extrême et aveugle, son avènement conduira à la destruction du Monde, anéantissement qui ne sera en réalité que la confirmation d’un processus déjà bien entamé. D’autre part, muette et faussement existante, elle ne fera que fuir la réalité dévastatrice causée par la première, en prétextant de vains discours sur les vertus d’un tolérantisme pervers. Les partisans de la seconde tendance, majoritaire qui plus est, refuseront la Guerre mais c’est exactement cette attitude qui la provoquera. La Foi elle même, provenant du latin fides, signifiant engagement, n’aura alors plus la capacité de dés-engager les Hommes du gouffre ouvert sur leur propre conclusion. Ils seront happés, submergés, avalés, par la lame de fond cultuelle de leur inaction.

 

Comment d’ailleurs parler de La Foi, ne devrait-on pas dire les fois ? Oublie-t-on sciemment la foi désespérée, versée dans un progrès outrecuidant, lui même censé amener l’utopie séculaire de la société idéale mais n’avançant en fait que par intérêt en atteignant sa propre limite ; n’étant capable que « d’améliorer » ou tout au plus de modifier ce qui existe déjà et non, comme devrait le sous-entendre la véritable évolution, de créer une dynamique concrète et viable de développement. L’humanité s’essouffle mais ne le sais pas encore, elle plonge avec ardeur vers la courbe descendante de sa parabole en ne s’attaquant pas aux véritables crises, se drape avec arrogance dans une surpuissance désuète, parle d’avenir en n’y croyant plus au fond d’elle-même, invoque la Foi qu’elle a personnellement travestie et abandonnée pour se sauver de son marasme mais oublie la mission pour laquelle elle avait été programmée. La véritable Foi doit servir, dans quelque domaine ou situation que ce soit, de turbo confiance, de drogue spirituelle aidant à accomplir une tâche qui nous paraît supérieure, or, dans sa dégénérescence actuelle, il ne s’agit pas d’une aide que l’on requiert d’elle mais la réalisation de la tâche elle-même.  

 

Indubitablement, la Foi la plus impérieuse nécessitée par les Hommes, est la Foi en l’Homme lui-même. Cependant, il est bien ardu d’y parvenir, lorsque l’on ouvre les yeux sur le climat méphitique du Monde : lorsque l’on respire ses miasmes et sa puanteur déversée par  les soupiraux des égouts de l’injustice, un Monde en décrépitude de valeurs, souillé par la pourriture froide de la vilénie, un Monde dans lequel le regard huileux d’un nécrophile satanique contient plus de foi en ce qu’il s’apprête à faire, que les vestiges sacro-saints des homélies « parachristiques ». Quelle théodicée peut-elle encore oser justifier cela ? Celle du paradigme eschatologique, celle de la Foi terminale,

lorsque le mal métaphysique---pour reprendre une composante issue de la distinction tripartite du Mal selon Leibniz---aura éteint les dernières plaintes humaines ? Absolument pas ! Mais alors quel type de Foi pourra donc sauver l’humanité ? Une humanité ressemblant de plus en plus à un fruit dont on aurait extrait tout le jus mais que l’on continue de presser, à un filon épuisé que l’on tente aveuglément d’exploiter ou encore, à une pyramide dont chaque niveau subirait un nivellement par le bas. Car c’est exactement ce qui est en passe de se produire : sombrant dans une spirale vertigineuse, entraînée par l’inertie de son propre poids, écrasée par l’échec de son édification, elle sautera à rebours dans le futur. L’unique Foi salvatrice est dès lors itérative, elle ne peut résulter que d’une métaheuristique dont le secret se trouverait enfoui au sein de la découverte de l’algorithme Humain, celui dont chaque individu serait un chiffre édifiant du calcul.              

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19/11/2006

L'anticode

Un homme. Un gouffre limbique. Entre les deux, tout ce qui peut diviser, fragmenter la conscience, c'est-à-dire tout ce qui amène à l’entropie ou encore, l’avènement neurosensoriel du désordre.

Une secousse glissant insidieusement comme une coulée de métal athermique sur la pente de l’échine, des nuages dans les yeux, le souffle haché en un staccato singultueux. Il s’agit de l’anti-structure même de l’humanité, organisant ce qu’elle a pour but de détruire, le code perturbateur, celui qui est immédiatement issu de la matrice moniste des ténèbres : la peur.

La cause de cette sensation étrange, oppressante, consumante et conquérante s’apparente à un élément identifié ou quasi identifiable mais sa naissance opère ex nihil, elle surgit de la concrétisation métapsychique du néant, elle provient du vide, se trouve crachée

par delà le vortex de la raison dont elle est l’antithèse.

 

La peur, cette aliénation synthétique, se fond à merveille avec un des tous premiers penchants de l’Homme, à savoir la destruction et même, au-delà des apparences égoïstes, l’autodestruction.

C’est ainsi que dans son infinité identitaire, elle parvient à faire flèche de tout bois, à faire monter, comme un soufflé, la moindre crainte en une angoisse invivable. La peur est un code, ou plutôt un anticode, on pourrait même dire que c’est un antécode, un code d’avant le code.

Les diverses expériences et désirs dans la vie de l’humain sont structurants, en ce qu’ils organisent un langage individué, formant donc un code personnalisé. La peur ou tous les autres noms que les massacreurs linguistiques lui donne sans aucune nuance ni distinction, constitue le schéma inverti de ce langage structurant, elle peut par conséquent être considérée comme un anticode, détruisant le fragile équilibre établi par l’individu dans la sphère de son sociotope. Elle ne connaît pas non plus d’inhibition dans la pratique de la destruction a priori, dans la déstructuration anticipative, lorsqu’elle agit de façon préventive, elle est un antécode, un agent bloquant, empêchant précisément le langage individualisable de s’individualiser.

 

La peur, cherche, la peur creuse, la peur trouve, elle trouve ce qui est enfoui le plus profondément et le plus secrètement possible, elle le triture, le ramène à la surface, le jette à la conscience de sa victime qui pourtant, le croyait perdu dans les méandres inaltérables du subconscient. La peur est l’anticode même de la vie,  il s’agit donc du code de son contraire, non pas de la mort qui constitue le prolongement de l’éphémère séjour terrestre, mais de la non-vie. La peur traduit donc le code de la non-vie. Les questions qu’elle induit ne sont pas celles que les Hommes/automates/robots de la société mécaniquement formatée devraient se poser pour améliorer la futilité de leur existence, non, au contraire, elle en fabrique d’autres dont l’unique mission est d’annihiler le peu d’humanité qu’ils leur restaient encore. En ce sens, la peur est également une machination ou encore, un code machinisant, une structure de déstructuration, avec tout le paradoxe intrinsèque que cela comprend. Folie, méchanceté, cruauté, violence, incompréhension, irraison, faiblesse, lâcheté, sont autant de caractéristiques qu’elle n’éprouve aucun mal à développer ou mieux, à créer de toutes pièces. Son impact est grand et d’autant plus pernicieux qu’il est invisible, car trop rares sont ceux capables de mesurer la part significative qu’elle s’octroie.

 

La peur transforme, elle modifie l’humain en bête ou en machine, ce qui, dans leur inflexibilité d’instinct respectif, revient exactement au même ; elle lui donne le prétexte rêvé que sa nature corrompue attendait pour commettre quelque forfait misérable ou pour justifier une faiblesse sans nom. On dit qu’il est humain d’avoir peur, mais même en admettant cette formule pour le moins contestable, se laisser guider par elle consiste en une déshumanisation accrue qui, si elle n’est récupérée à temps, devient irréfragable. Vivre dans la peur, c’est ne plus vivre, c’est accepter d’être codifié par la non-vie, c'est-à-dire également d’une bien triste façon ne jamais mourir en n’existant tout simplement pas.

                       

  

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