19/11/2006

L'anticode

Un homme. Un gouffre limbique. Entre les deux, tout ce qui peut diviser, fragmenter la conscience, c'est-à-dire tout ce qui amène à l’entropie ou encore, l’avènement neurosensoriel du désordre.

Une secousse glissant insidieusement comme une coulée de métal athermique sur la pente de l’échine, des nuages dans les yeux, le souffle haché en un staccato singultueux. Il s’agit de l’anti-structure même de l’humanité, organisant ce qu’elle a pour but de détruire, le code perturbateur, celui qui est immédiatement issu de la matrice moniste des ténèbres : la peur.

La cause de cette sensation étrange, oppressante, consumante et conquérante s’apparente à un élément identifié ou quasi identifiable mais sa naissance opère ex nihil, elle surgit de la concrétisation métapsychique du néant, elle provient du vide, se trouve crachée

par delà le vortex de la raison dont elle est l’antithèse.

 

La peur, cette aliénation synthétique, se fond à merveille avec un des tous premiers penchants de l’Homme, à savoir la destruction et même, au-delà des apparences égoïstes, l’autodestruction.

C’est ainsi que dans son infinité identitaire, elle parvient à faire flèche de tout bois, à faire monter, comme un soufflé, la moindre crainte en une angoisse invivable. La peur est un code, ou plutôt un anticode, on pourrait même dire que c’est un antécode, un code d’avant le code.

Les diverses expériences et désirs dans la vie de l’humain sont structurants, en ce qu’ils organisent un langage individué, formant donc un code personnalisé. La peur ou tous les autres noms que les massacreurs linguistiques lui donne sans aucune nuance ni distinction, constitue le schéma inverti de ce langage structurant, elle peut par conséquent être considérée comme un anticode, détruisant le fragile équilibre établi par l’individu dans la sphère de son sociotope. Elle ne connaît pas non plus d’inhibition dans la pratique de la destruction a priori, dans la déstructuration anticipative, lorsqu’elle agit de façon préventive, elle est un antécode, un agent bloquant, empêchant précisément le langage individualisable de s’individualiser.

 

La peur, cherche, la peur creuse, la peur trouve, elle trouve ce qui est enfoui le plus profondément et le plus secrètement possible, elle le triture, le ramène à la surface, le jette à la conscience de sa victime qui pourtant, le croyait perdu dans les méandres inaltérables du subconscient. La peur est l’anticode même de la vie,  il s’agit donc du code de son contraire, non pas de la mort qui constitue le prolongement de l’éphémère séjour terrestre, mais de la non-vie. La peur traduit donc le code de la non-vie. Les questions qu’elle induit ne sont pas celles que les Hommes/automates/robots de la société mécaniquement formatée devraient se poser pour améliorer la futilité de leur existence, non, au contraire, elle en fabrique d’autres dont l’unique mission est d’annihiler le peu d’humanité qu’ils leur restaient encore. En ce sens, la peur est également une machination ou encore, un code machinisant, une structure de déstructuration, avec tout le paradoxe intrinsèque que cela comprend. Folie, méchanceté, cruauté, violence, incompréhension, irraison, faiblesse, lâcheté, sont autant de caractéristiques qu’elle n’éprouve aucun mal à développer ou mieux, à créer de toutes pièces. Son impact est grand et d’autant plus pernicieux qu’il est invisible, car trop rares sont ceux capables de mesurer la part significative qu’elle s’octroie.

 

La peur transforme, elle modifie l’humain en bête ou en machine, ce qui, dans leur inflexibilité d’instinct respectif, revient exactement au même ; elle lui donne le prétexte rêvé que sa nature corrompue attendait pour commettre quelque forfait misérable ou pour justifier une faiblesse sans nom. On dit qu’il est humain d’avoir peur, mais même en admettant cette formule pour le moins contestable, se laisser guider par elle consiste en une déshumanisation accrue qui, si elle n’est récupérée à temps, devient irréfragable. Vivre dans la peur, c’est ne plus vivre, c’est accepter d’être codifié par la non-vie, c'est-à-dire également d’une bien triste façon ne jamais mourir en n’existant tout simplement pas.

                       

  

19:24 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

écouter la première impression, lire, l'impact gravé dans la pupille, ces mots bleutés grisant et excitant la reflexion... s'éloigner, prendre le large dans les océans de la pensée puis revenir, et humer, les joues rosées, la spécificité de ton style...
Te lire est un voyage humano-intergalactique (ça se dit ??), un périple aux frontières de notre écorce émotionnelle ! Tu vois, j'en perds mes repères linguistiques, et pour cause... ce talent, intimidant presque !

Écrit par : crysalide | 22/11/2006

sourire un petit "a" s'est échappé. J'y tiens beaucoup, donc le revoilà...

Écrit par : crysalidea | 22/11/2006

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