01/09/2006

Inquisition

La perfection est le terminus des imbéciles.

 

En fait, c'est une ligne de bus qui se caractérise bien par un début mais qui n'a pas de fin. Tu peux siroter le cocktail de l'attente toute ton existence à l'arrêt, tu pourras jamais monter tant que tu ne cernes pas qu'il s'agit d'une route à calibrage infini, d'un vacuum à géométrie variable, d'un cylindre ontologique à irréversibilité unique.

Jadis, des trajets de bus, y en avaient pleins, dans une myriade corollaire de domaines, seulement, maintenant, les individus, coagulés en macromolécules grégaires, 

s'autoproclament chauffeurs holistiques d'un horizon perclus avant même d'avoir été étreint.

 

Je vais précisément "carcaniser" le débat sur un secteur particulier plus probant et plus touchant.

 

Aujourd'hui, la plupart de ceux qui se prétendent écrivains sont des banquiers poursuivant la capitalisation de la médiocrité, des boursiers organistes, fanatiques servants d'un libro-équilibre du "y a qu'à tourner". Je parle de tous les frocards de la culture qui troquent la bure de l'artiste contre le costard des anatocismes. Ces descendants de vendeurs de rêve, reconvertis en spéculateurs de talent, ces succédanés atrophiés de génies oubliés, ces plumitifs de salon, éboueurs de littérature en cycle inversé, qui au lieu de ramasser les ordures, se bornent à les créer, sur une page que la décence exhorterait à laisser blanche. 

Les lire est une agression de spiritualité olfactive, aux relents empyreumatiques d'un intellectualisme barbarisé, au sein duquel, la chair de l'ignorance, crépite aux flammes du profit. Ce sont des substrats formatés à l'hymne des "courbe-échine", des machines huilées à la mécanique des fluides pécuniaires.

Ils sont aussi utiles à la véritable Culture qu'un klaxon sur un avion mais servent de colonnes au temple opulent de la pagination économique. Malines créatures qui s'esclaffent en comptant le poids de leurs vaines péroraisons, se réfléchissant pourtant sur les rétines piratées de tant d'innocents. C'est là que frappe le mythe de l'autorité qu'ils s'arrogent, dans les couloirs pernicieux d'un laxisme qualitatif. A porte ouverte, s'engouffrent tous les martyres de l'incompétence, renversant la présomption de rejet, en un succès hypocrite.

 

Les pseudos victimes seront les intraitables bourreaux d'une spirale dégénérescente, les pisse-encre d'une fontaine noire absorbant chaque main appliquée sous une boue agnostique. Les derniers chevaliers de la Culture, s'ouvriront alors les veines pour que du sang de leur passion, naisse des mots soldats, des consonnes et des voyelles en armures, forgées au marteau de la connaissance. Ils enflammeront des virgules catapultées sur les murailles arrogantes des gouailleurs de ponctuation, ils feront des paragraphes structurés, les douves de leur survie et ils accrocheront à la bannière de l'alinéa, les espoirs de tout cet aléa.

 

Je repense aux vrais auteurs et je sombre dans la réminiscence ouatée d'un souvenir amputé, crachant peut être son dernier souffle au chevet de la déréliction. Je suis un anachorète du Verbe, un mujhaidin de la linguistique, un sniper de moutons littéraires, un inquisiteur condamnant au bûcher de l'oubli, les psalmodies de l'apathie créatrice. J'attendrai fermement que le tison brûlant d'un autre inquisiteur vienne me rougir la main du sceau de la honte, si j'en venais à moi-même oublier ce que je tente de défendre par la présente.

 

Un pape de la simplicité se serait probablement limité à dire: soyez sélectifs dans ce que vous lisez et achetez, car les mots influent grandement sur nous et qu'au lieu de nous sauver, ils sont en train d'engloutir cinq millénaires d'Héritage scripturaire en un épitomé désastreux.  

 

 

04:28 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook |

Commentaires

Remarquable exercice de virtuosité... Il est trop rare de croiser des blogs aussi bien charpentés, aussi riche de contenant que de contenu pour ne pas saluer l'effort -que dis-je, la prouessse- de ce blog, superbe kaléïdoscope de poésies prosatiques (excusez ce néologisme, les épithètes me manquent...)et de proses poétiques. Vous osez relever le niveau qualitatif général des blogs et rien que pour cela, je vous tire mon auréole ! Respect...

Écrit par : Damabiah | 02/09/2006

Heureusement Qu'il y a les blogs pour relever le niveau :-)
J'aime toujours venir te lire apôtre du vent.
Yasmina

Écrit par : Yasmina | 03/09/2006

: ) Salut à toi ami bloggueur ! : ) Ton message m'a réellement fait plaisir car il m'encourage à continuer leptitrien tel que je l'ai tjrs pensé : un endroit de détente et de petits riens... Je ne connaissais pas ton blog mais j'aime assez fort le style d'écriture où un punch revendiqué se cache entre les lignes. Bref j'adore... Pour le moment, je n'ai pas encore vraiment tout lu car j'aime prendre le temps de comprendre le vrai message de chaque post. Mais je compte revenir : ) si besoin n'hésite pas de me contacter je me ferai un plaisir de t'aider : ) Bizz^^

Écrit par : Josua | 03/09/2006

Suis bien d'accord hélas, trois fois hélas

Écrit par : Epiqure | 04/09/2006

apôtre et prophète :))) Quel texte ! singulier par sa forme, la puissante efficacité du vocabulaire tout à la fois incisif et pointu et les images sans concession et implacables… aucun doute sur la piètre opinion que tu développes ici quant aux littérateurs du prêt à penser, sacrifiant au succès et à l’ego l’authenticité d’une pensée libre de toute considération d’ordre pécuniaire, et satisfaisant la demande de lecteurs peu exigeants, en quête de facilité… ceux là mêmes, que tu ne ménages pas d’ailleurs ! Un élan, une conviction, une énergie, une prédication presque, qui secouent méninges et réflexion… de la haute volée dont je ne me lasse pas… à bientôt, Apôtre du Vent…

Écrit par : crysalidea | 04/09/2006

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