23/08/2006

Mechapocalypse (partie 3/3)

Dans les villes, apparut néanmoins un mouvement rebelle, au départ peu structuré, qui s’opposa à l’ennemi en s’attaquant à leurs multiples centres d’intérêt. Ce mouvement, se forma à partir de gens démunis, illégaux, contrebandiers, marginaux, séparatistes, anti-technocrates, membres de gangs

et tout ceux qui pour une raison ou une autre se retrouvaient hors système.Empêchés de se déployer efficacement dans les grandes villes trop surveillées, organisées et équipées, ils décidèrent de se rendre dans les zones mortes interurbaines, là où l’hygiène de vie était inexistante, où le temps semblait s’être arrêté, où le paysage n’était formé que de montagnes d’ordures, où le ciel était noir, où le mode de vie était un bond rétroactif et où les malheureux résidents dirigeaient par la seule loi de la violence. L’unique activité « économique » de ces régions consistait en la vente d’armes illégales, sévèrement réprimée en théorie mais inefficacement poursuivie en raison de la spécificité du terrain, connu uniquement de ses habitants.

 

Dès leur arrivée, ils furent « accueillis » par les leaders locaux qui s’empressèrent de leur demander la raison de leur venue en ouvrant le feu de façon intimidante. Les rebelles expliquèrent que les machines avaient pris un contrôle total des villes et qu’ils leur demandaient l’asile sur leur territoire afin de pouvoir valablement organiser leur résistance. Les locaux rétorquèrent par un truchement qu’ils furent toujours abandonnés, que les villes ne s’étaient jamais souciées d’eux mais qu’au contraire, elles n’avaient cessé de leur envoyer leurs déchets et les restes de leur technologie défaillante et qu’ainsi, eux, à présent n’avaient aucune raison de leur venir en aide. Les rebelles tentèrent de préciser que l’ancienne classe dominante des villes n’était pas plus formée de leurs amis mais que s’ils ne réagissaient pas rapidement, les machines allaient se développer jusqu’à ce qu’elles puissent se passer des humains et qu’à partir de ce moment là, leur mode de vie serait aussi menacé. Le chef des rebelles était un homme extrêmement intelligent, ancien chercheur, il avait refusé de poursuivre de manière absurde la « technologisation » et avait stoppé ses travaux. Ses proches ne voulant pas écouter ses avertissements, eurent recours aux nanomachines et furent éliminés sous ses yeux à cause de cette erreur. Le chef des locaux, était, lui, l’exemple type du meneur élu par la force, il avait un bras entièrement mécanisé, probablement récupéré sur la montagne de déchets et réparé soigneusement ensuite.

 

Les deux hommes discutèrent longuement et même s’ils ne furent pas du tout issus d’horizons identiques, parvinrent finalement à un accord qui scella la création des combattants du peuple humain ou CPH. Les habitants des zones abandonnées allaient fournir des armes et des hommes ainsi que l’asile sur leur territoire, les rebelles allaient, quant à eux, diriger les opérations, rémunérer en fonction de leurs possibilités les locaux et installer en cas de victoire, but définitif de la manœuvre, un régime révolutionnaire dans lequel les zones mortes seraient pleinement intégrées. Les CPH élirent donc domicile sur ces territoires et établirent leur plan de bataille. Il est bien évident que tous les urbains qui s’étaient rangés du côté des rebelles, vivaient en général dans des conditions très précaires mais ce qu’ils virent dans ce nouvel environnement touchait encore d’autres sphères. Les habitations de fortune étaient construites

au moyen des déchets mécaniques et autres que la ville leur envoyait. Elles étaient souvent élevées au milieu des énormes montagnes de miasmes pestilentiels réduisant la durée de vie considérablement, avec pour seul palliatif, le recyclage des objets encore relativement utilisables à des fins de fusion

organico-mécanique. L’air y était vicié et il n’était pas rare de voir déambuler les locaux avec des masques, créés spécifiquement, pour limiter l’effet dévastateur que le seul fait de respirer pouvait impliquer en ces lieux.

 

Une fois tous les préparatifs terminés, les plans revisités, l’arsenal vérifié et les soldats motivés, les CPH lancèrent la grande offensive sur Mechapolis. Les objectifs consistaient à prendre le contrôle de la ville, car c’était elle le cordon ombilical qui nourrissait toutes les autres, à neutraliser le Conseil Urbain et à détruire le « suprême intellect », reine de toutes les machines. Ce n’est qu’une fois à l’intérieur que les combats s’embrasèrent de manière farouche. Les anciens soldats d’élite de l’armée de Mechapolis ainsi que d’autres humains, furent réquisitionnés pour combattre et formèrent ainsi la classe, forcée, des DAM, défenseurs actifs de la machine. Ces derniers luttèrent donc au côté des robots pour repousser les rebelles du CPH et sécuriser définitivement la capitale du Technomonde. Les forces du DAM étaient mieux équipées, probablement plus nombreuses, même si beaucoup de robots n’étaient pas orientés pour la guerre et bénéficiaient de la position dominante sur le terrain. Les effectifs du CPH par contre pouvaient se prévaloir de la surprise

de même que d’une sorte de force mystique issue de la volonté de survivre. Jamais l’on n’avait été témoin de tels combats urbains, les Hommes se sacrifièrent au feu de l’action, se jetèrent inconditionnellement dans ce qui serait probablement l’ultime affrontement… mais David ne vainc pas toujours Goliath. Les humains furent détruits, les zones abandonnées furent « purifiées », les survivants furent réduits en esclavage et la légende prétend même que certains d’entre eux, quittèrent la planète pour reformer des colonies dans les étoiles… mais ça, les archives ne permettent pas de l’attester.

 

    Compte rendu du cyborg archiviste Klinrax, 

     genraTH 36. 

 

La folie, la fierté, l’orgueil, la curiosité, l’amour oublié et l’avidité auront été les ingrédients de leur « Mechapocalypse »… le futur n’est jamais décidé, on peut encore le changer, il est composé de plusieurs versions possibles… accepterez vous celle là ?      

23:28 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Apocalyptique Voilà bien une façon originale d’aborder un sujet très sérieux !! Une histoire condensée, qui a le mérite d’être claire, même pour la profane que je suis, plutôt qu’un texte qui aurait facilement pu être rébarbatif… (même si, certains termes sont restés pour moi assez obscures quand même..).
Et pourtant, que de thèmes abordés, et de questions soulevées, quant au devenir de l’humanité, sous couvert des aventures purement imaginaires que tu relatent ici !!
L’homme face à sa responsabilité en matière d’évolution techno/biologique, electro
/domo/robotique (et j’en passe certainement … pardon pour les initiés)… bref, l’homme face à ce qu’il a lui-même créé dans un but évident de recherche insatiable du progrès… Pourtant, cette quête perpétuelle est la plupart du temps motivée par une volonté d’offrir au plus grand nombre une vie meilleure, plus confortable, moins chère. Je pense à la recherche médicale, ou même la recherche qui vise à lutter contre la pollution de la planète, par exemple les voitures plus propres, des matériaux plus légers, des technologies moins onéreuses et à la portée de tous etc… Tu vois, je reste confiante, même si bien sûr la recherche du profit, comme tu le mentionnes au niveau des laboratoires privés, reste une donnée non négligeable dans cette démarche. C’est souvent là d’ailleurs que réside le plus grand risque, car notre société est régie par l’argent et seul des bénéfices substantiels permettent aux grandes multinationales de survivre à la compétition… donc, dans ce but, on assiste aux dérives, aux manipulations, à la course aux « avancées » dont on ne connaît pas les répercutions et là, les questions d’éthique sont souvent reléguées aux oubliettes… sauf peut-être comme tu le mentionnes, le clonage humain… mais là, on touche au spirituel, aux grandes questions de l’âme, à la création de l’homme, à Dieu…
La grande question ici demeure l’attitude de l’homme face au développement des technologies de pointe, et de leur contrôle… et le fait de savoir si il aura la sagesse alors qu’il en est encore temps, d’évaluer les risques et d’en limiter consciemment les dérives (que ce soit par le législateur ou par sa propre conscience)…
Mais, tu amènes le débat jusqu’à son paroxysme… jusqu’au point de considérer que l’homme pourrait, dans un futur pas si éloigné d’ailleurs, céder la place aux robots/machines qu’il a créé, en devenant lui-même une sorte d’hybride surdoué (et encore ceci serait un moindre mal, puisqu’il conserverait les atouts majeurs de sa condition d’homme, tel que les émotions etc…) ou pire, de voir l’homme purement et simplement devenir esclave d’une forme de vie et d’intelligence sur laquelle il n’aurait plus aucun pouvoir… et à terme, sans doute de disparaître complètement…

Ton texte, volontairement alarmiste, laisse pourtant la porte ouverte sur un échappatoire, une voie étoilée, qui permettrait à l’homme de survivre, en construisant ailleurs, quelque part dans l’univers… Je retiens donc cela, mais aussi ton incroyable imagination, la fluidité de ton écriture, et ton regard pointu sur les travers de notre société… Impressionnant !

Écrit par : crysalidea | 30/08/2006

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