14/08/2006

L'urinoir

Notre société aujourd'hui, est identique à un incommensurable urinoir où viennent pisser tous les magnats de l'hypocrisie. Ils s'y rendent avec un t-shirt sur lequel on peut lire: "pour un monde en paix" mais l'étiquette, bien dissimulée, camoufle un "we sell bombs"; en outre, chacun srcute son voisin en faisant intérieurement résonner un "faux-cul", tout en lui souriant.

Les règles de la bienséance ou encore celles de la hiérarchie en tous genres, ont perpétuellement forcé une contenance minimale et nécessaire à la poursuite des relations. Cependant ce qui se passe à notre époque est sans précédents. 

 

Nombreux sont ceux qui font des grands discours sur la tolérance mais c'est comme pour les frites de mc Cain: "ce sont ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins". On en vient donc à constater un paradoxe qui va au delà de la différence entre la théorie et la pratique mais qui pénètre jusqu'à la moelle d'un "métaesclavagisme" dans lequel les vendeurs d'espoirs ne sont pas ceux qui les créent. Dans cette optique, on ne peut rien attendre de la macrosphère mais l'on se rend compte que l'hypocrisie se répand partout dans la microsphère également et que l'individu en vient à changer l'expression de sa pensée intime pour correspondre à l'effet général. La raison en est que l'Apparence s'est installée en maîtresse incontestée d'un totalitarisme du paraître. La réalité importe donc peu si elle est contraire à ce but impérieux. Ainsi, le nouveau système est une coagulation de mensonge qui étouffe la plaie de la vérité et qui dès lors semble satisfaire la majorité de ne plus la voir saigner. Ce tissu en croûte de conneries, ne s'inquiète donc pas non plus de la prolifération anarchique des paradoxes, qui semblent, plus que toute autre chose, définir l'âme du nouveau corpus sociétal.

 

Société qui poursuit l'intellectualisation de manière tellement absurde, qu'elle la populise, en fait du "prêt-à-penser", la vide de son essence, en donnant simplement plus d'illusions à un plus grand nombre et sous couvert de la démocratie, l'utilise précisément à son contraire, à savoir, un outil démagogique. Car en donnant à la masse le mirage du Tout, on peut plus subtilement se permettre de ne rien lui donner. Dans ce processus, on cherche à developper l'esprit critique, qui théoriquement, devrait être propre à chacun mais en réalité, les structures qui remplissent cet objectif, créent un moule afin de reproduire un esprit néo-libéralo-révolutionnaire à la chaîne, qui, de surcroît, n'a de révolutionnaire que le désir de protestation, sans pour autant en avoir le coeur. Celui-ci, ne leur sert donc pas à grand chose pour faire face à ce que je pourrais nommer les IGM, informations génériquement modifiées, qui sont bien souvent avalées comme des pilules dont on ne regarde pas la notice. On ne peut qu'être alors frappé par une autre contradiction, qui revient à reconnaître la proportion croissante d'éléments supérieurement éduqués, en même temps que leur inaptitude corrélative à triompher du broyeur d'individualisme, du grand manipulateur décisionnel, du privatif de liberté mentale.

 

Au départ, celui qui travestit sa véritable pensée pour se conformer, est normalement conscient de ce choix mais l'effet de l'hypocrisie absolue est tel, qu'à terme, il en vient à défendre l'idée travestie, comme si elle fut sienne depuis l'origine. Le futur allant probablement évoluer vers une mégapolisation exponentielle, l'effet de masse augmentera en conséquence, l'individu, au départ parfaitement différencié dans les villages, ne sera plus alors qu'un numéro fondu dans l'immense équation d'un système dont il ne peut saisir les normes et ce, malgré le savoir qu'il s'auto-adjugera. Les relations sociologiques devenant de plus en plus complexes, l'hypocrisie connaîtra un souffle sans commune mesure et l'engrenage spiralien ne pourra, à partir de là qu'emmener la race humaine vers le fond. Trop stressés par les problèmes de l'Apparence et de la cohérence de plus en plus bancale de leurs mensonges quotidiens, ils ne se poseront plus les questions tout aussi existencielles qu'essentielles à leur nature. 

 

A partir de là, ils ne seront dès lors guère plus différents des machines qu'ils auront probablement créé à outrance pour les remplacer, à ceci près que ces dernières, ne manquant pas de réaliser ce souhait, auront acquis un sens de l'autonomie et de l'unité devenu quasiment absents chez leurs créateurs, permettant à l'objet devenu vivant de renverser l'humain devenu objet. Quand il remarquera ce qui se passe, l'Homme sera devenu tellement dépendant de la machine qu'il ne pourra les anéantir, alors il devra soit se plier à cette domination, leur confiant de plus en plus de tâches, soit fusionner avec elles, afin de créer une nouvelle espèce amener à perdurer... telle est finalement la loi de l'évolution.

Peut être qu'alors en cet être mi-organique, mi-mécanique, fort de ce mélange, il pourra, en bénéficiant de la perfection machinale combinée à son imperfection intrinsèque le poussant sans cesse au raisonnement, revenir à d'autres considérations plus importantes, plus logiques et plus solides, qui lui permettront d'abandonner le vice de l'urinoir.   

02:12 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

hello à mon tour, je te visite. très joli texte, mais avec un léger bémol: à mon sens, tu es trop optimiste. ce qu'ils nous préparent,si nous ne réagissons pas, sera encore plus glauque et navrant. à bientôt!

Écrit par : jim | 15/08/2006

une vue de l'esprit... ? Critique incisive que d’aucuns qualifieront de scénario catastrophe, digne des meilleurs films de Science Fiction/Cyber en tout genre…L’impossibilité de voir l’homme derrière l’apparence, dans un processus sournois déterminé par l’hypocrisie sociale d’une part, les « autorités » supérieures (politiques) d’autre part, et ce avec la participation de l’homme lui-même, consciente ou non, n’est pas une illusion sans doute… Dépossédé alors de sa liberté de jugement, il atteint ainsi le stade de la machine, parfaitement développée par l’homme et capable de s’auto gérer et de dominer l’humanité… Il est vrai que l’on assiste à une certaine fusion Homme-Machine, et que chacun de nous, à commencer par les « humbles » blogeurs, peut en faire, à son niveau, l’expérience… Il existe véritablement des relations émotionnelles envers les machines qui nous entourent (voiture, pc…), à qui nous devons notre bien-être (la grande panne d’électricité qui a bloqué Tokyo ces derniers jours en est aussi une illustration)… Mais de là à considérer l’interconnexion physique et mentale machine/homme dans un processus inévitable d’une évolution logique, il y a un pas, qui j’espère jamais ne sera franchi… ! Illusion ?

Écrit par : crysalidea | 16/08/2006

Athenticité ! Je re-viens vers toi avec toute mon authenticité.
Je suis désolée de t'avoir fait découvrir le bas côté de ma personnalité, mais au moins d'emblée tu sais qui je suis.
Mon mouvement "d'humeur" n'avait rien contre toi, j'espère que tu l'as compris.
Je vais beaucoup mieux, et j'ai réouvert mon blog.
Celui qui veut changer le monde doit commencer par se changer lui-même disait Ghandi, c'est ce que j'essaie de faire en venant te saluer.
Yasmina

Écrit par : Yasmina | 19/08/2006

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