10/08/2006

Le cri des sagards

Lentement, le jour se leva et les rayons couleur épi pénétrèrent le manteau dense qui protégeait le toit de la demeure sylvestre. Dans ce lieu paisible, chaque graine, chaque fruit, chaque feuille, chaque plante, chaque être, régissait à un subtil équilibre qui créait, sous ce rideau de magie, pérennité et harmonie. Le vent, invité intemporel et habitué des lieux, passait tous les matins pour conter les histoires du monde extérieur, aux résidents et gardiens perpétuels de ce havre de jade.

Ainsi, après ce passage quotidien, les arbres, protecteurs de la mémoire, reportaient le message reçu, aux esprits de la forêt, afin que ceux-ci puissent continuer de la gouverner en paix. Une fois cette tâche accomplie, mes semblables recevaient l'autorisation de chanter, fierté longtemps portée par mes ancêtres, car ce don servait de symbole à l'unité de tout notre habitat. Les notes enjouées de nos mélodies, traduisaient la sérénité qu'hébergeait ce lieu et semblaient réguler le commencement de chaque journée. Notre Mère avait confié à chacun un rôle précis et déterminé, qui fut rigoureusement tenu pendant des siècles.

 

Seulement, un jour, débarqua une race étrangère en salmigondis sauvages. Ils entrèrent sans autorisation dans notre humble royaume et commencèrent à taillader l'écorce de nos frères aux cheveux verts. Ils insistèrent et finirent ensuite par abattre ces mêmes frères. Leur folie était telle, que dans leur soif irrépressible, il furent sourds aux cris des esprits qui dominaient jadis les lieux. Ils ne se méfièrent pas et poursuivirent l'oeuvre de leur démence, creusèrent, coupèrent, brûlèrent et insultèrent, dans cette entreprise aveugle à l'issue fatale. Le manteau de la demeure sylvestre, fut, dès lors, de moins en moins dense, l'équilibre fut brisé, la paix menacée et le vent lui même, hésitait à visiter...quant au chant de mes semblables, il fut couvert par les instruments malsains de l'Etranger.

Drapés dans leur ignorance, feignant de ne pas voir les signes révélateurs de nos frères à l'article de leurs dernierès lueurs, ils outrepassèrent les ultimes limites que les esprits des lieux fussent prêts à supporter...

Un bruit gronde au delà du mur boisé: les étrangers sortent alors de leurs funestes constructions, la terre tremble, l'horizon semble se modifier, à la lisière les animaux s'échappent, des cris proviennent du coeur de ce lieu profané, ce n'est point illusion, la forêt se met en marche. Les profanateurs demeurent interdits, stupéfaits, incrédules, confrontés aux conséquences de leur propre indélicatesse... je m'accroche fortement aux branches de mon vieil ami, celui sur lequel j'étais habitué à chanter, ses membres ont été taillés par les pics en armes affutées, nous parvenons devant le camp de l'ennemi et du haut de mon observatoire, j'en vois un qui se fige à nos racines. Mettant ses mains autour de sa bouche pour que le son porte mieux, il cria:

-épargnez moi, je ne suis qu'un sagard innocent.

Mon ami se pencha légèrement vers lui, jusqu'à le frôler des ses feuilles touffues et lui dit ceci d'une voix grave: 

-est il innocent de souiller la dépouille de nos frères que les vôtres ont abattu?

ne sachant quoi répondre, le pauvre étranger tenta d'articuler des sons qui ne sortirent jamais.

-alors? j'attends

-je...je...non...mais..ce n'est...pitiéééééééééé!

La branche s'abattit en un mouvement violent qui percuta l'étranger de plein fouet et le taillada fortement, il tomba vers un de ses instruments, tête vers nous et balbutia ces sons:

-pou...pour...pourquoi?

-vous avez été victimes de vos erreurs répétées, vous n'avez pas su écouté les cris de détresse de notre peuple et avez été vaincus par vos propres enseignements et techniques; car moi et mes frères, les arbres, sommes les gardiens de vos souvenirs, que le vent, de tout temps, nous a conté.

 

Le bruit s'arrêta, les étrangers disparurent, le calme revint et mes semblables se remirent à chanter...

mais il s'agissait alors d'un triste chant d'adieu pour tous ces inconscients rattrapés par leur propre folie.

 

Quant à moi, je ne suis qu'une fauvette, qui vous narre cette histoire à la sauvette.

 

                   FIN.

 

                                                 A partir d'une idée de Max-Louis.            

02:31 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

... Mots magiques pour raconter les maux que notre Terre subit.
J'en reste coite !
Je reviendrai :-)

Écrit par : *MeL* | 10/08/2006

.... Je suis émue...

Écrit par : crysalidea | 10/08/2006

. . . L'Apôtre du vent, je me permets cette création qui ne vaut pas ta prose poétique. Voici un conte assez court sur le sujet en question :

Une vieille conteuse à plumes ( en l’occurrence une rousserolle ) de la forêt des Onze Mille Feuilles d’Or, avait réunit au creux d’un arbre de sept cent sept ans quelques jeunes plumes, à la Lune cendrée pour narrer la mésaventure, celle de la famille Dubois, bûcheron de père en fils. : « - Un jour, le patriarche bûcheron Dubois reçoit du maître charpentier de son village une commande de dix mille agrumes ! Une fête grandiose doit avoir lieu pour l’avènement de la naissance du premier enfant de la Reine et la coutume veut qu’un berceau géant soit construit en bois pour accueillir tous les invitées. La quantité extravagante de cette commande l’oblige, à contacter d’autres familles de bûcherons à l’alentour de la forêt nommée alors : Séveline du nom de la déesse, qui créa notre forêt actuelle, pour se protéger du démon redoutable de la plaine mouvante, la Boularde. En un quartier de Lune, le bûcheron Dubois réunit toute une armée de haches, de bambanes, de rainettes, de cognées. Sur son ordre les bûcherons attaquent les premiers beaux arbres. La forêt frissonne d’horreur, impuissante, à ce premier abattage, qui l’a surprend au printemps. Les jours, les nuits ne sont plus que bruits de scies, de coups, de déchirement, de craquements lugubres. La marche des bûcherons est victorieuse. Rien ne peut les arrêter. Dix, cent, mille, arbres périssent et leurs racines saignent comme un fleuve. Que faire ? Comment se défendre contre ces bûcherons insatiables ? L’Erablus l’Ancien feuillette ses archives, sur ses branches les plus anciennes et découvre l’existence des sylvains, les génies de la Forêt. Il convoque les sept Doyens, les sept essences d’arbres les plus rares de la forêt. Ils ont pour mission de prévenir le vent Oralien, le messager des sylvains. Leur incantation est un frémissement régulier de leur feuillage à la pleine Lune. Cette pleine Lune est pour le lendemain, dans la nuit. Un étrange brouhaha résonne dans la forêt. Les bûcherons s’activent ardemment et les Sept Doyens font leur office. Apparaît alors une sensation de voile diaphane qui s’enroule sur les Sept troncs. L’Erablus l’Ancien expose au vent Oralien ce premier génocide d’envergure qu’ils subissent et que seuls les sylvains peuvent les sauver. D’un tourbillon, l’Oralien transmet le message du danger d’extinction de la forêt Séveline. Aussitôt des êtres mi-fantômes, mi-réels, habillés d’une frondaison verte et marron, les sylvains, se dévoilent par centaines. Les génies de la Forêt, recouvrent les écorces des onze mille arbres restants d’une fine carapace d’or maléfique Les bûcherons effrayés laissent leurs outils sur le champ de bataille. Ceux-ci ne reviendront pas de sitôt. Depuis les bûcherons Dubois et ses fils sont devenus les gardiens des Onze Mille Feuilles d’Or, celui de l’Erablus l’Ancien, le seul dont l’or n’est pas maléfique et que les chercheurs d’or osent convoiter. »

Écrit par : Max-Louis | 12/08/2006

limite merde pour moi
merde pour toi
l'en faudra plus man! mais comment?

Écrit par : zniper | 13/08/2006

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