04/08/2006

L'oiseau

Je suis là, je suis occupé à m'en griller une, ouais je sais, je devrais pas mais qu'est ce que vous voulez c'est aussi ça la liberté et pendant ce temps je regarde par la fenêtre. Je vois passer un oiseau qui en a rien à foutre du ciel gris. En observant ça, je me demande... est-il libre ce volatile là ou est-ce de la voltige muette? On peut se dire qu'à priori il l'est car il peut voler où il veut, sans contraintes, ailes déployées dans l'embrasure du vent espiègle. Cependant, n'y a t'il pas une autre composante? le fait de ne pas savoir qu'il l'est, de ne pas avoir la conscience de sa propre amplitude. Ce qui me fait dire que, dans la vie, tu ne l'es pas tant que t'en es pas conscient, même si extérieurement les faits semblent concorder pour dire que c'est le cas. A contrario t'as le mec qui se rend parfaitement compte qu'il ne l'est pas et lui, quand il voit l'oiseau, il a envie de lui tirer dessus, il marmonne tout bas en pensant ceci: "me font chier ces oiseaux et encore 'suis heureux quand c'est pas l'inverse, non seulement t'es pas libre mais tu dois encore faire gaffe en levant la tête par ce qu'eux peuvent te prouver quand ils veulent qu'ils le sont". Il en vient même à se demander si l'oiseau a pas été programmé pour se lever plus tôt que toi, juste pour venir t'emmerder avec son gazouilli paradisiaque et te rappeler par la même, que toi, t'en est bien loin de sa mer des nuages. Donc il se dit que le top c'est de bosser la nuit, par ce que toi tu vas seulement dormir quand cet honni chanteur matinal a réveillé tous les autres, ouais ok c'est ce que je fais mais je vous dirai pas dans quoi, du moins pas tout de suite. L'oiseau, il doit pas se questionner sur le sens de sa vie, il connaît pas les omelettes de toute façon, encore que, c'est très propre à l'humain d'imaginer que cet animal ne se pose pas ce genre de questions, il aime garder sa suprématie, faut pas le nier. Même en partant du principe qu'il ne le fasse pas, qu'il n'en a pas la capacité et que celle-ci soit exclusivement réservée à l'Homme, qu'il s'agisse du trait qui le caractèrise au plus profond de son âme obscure. A partir de là, l'humain qui ne se pose pas cette question, n'est-il simplement pas libre, ou bien peut on même aller jusqu'à dire qu'il perd sa qualité d'Homme, puisqu'il s'agit du trait qui s'y rapporte de la manière la plus inévitable? Moi des fois en tout cas, je me dis qu'en fabriquant sans cesse toutes ces pensées envahissantes sur la liberté, ça m'empêche de la savourer totalement aussi... mais que faire alors? voler comme l'oiseau quitte à me prendre un pilone à haute tension par ce que je sais pas où je vais? migrer sans cesse en espérant trouver un ailleurs qui semble plus attirant et me faire descendre en vol par un chasseur d'illusions qui met autant de plomb dans son fusil qu'entre ses dents? Ouais, c'est vrai, je cours pour pas que ma vie me rattrape, les cheveux au vent, je croyais que c'était ça la liberté, le fait que personne puisse t'enchaîner... mais trouver quelqu'un qui te donne envie de rester, envie de te retourner et de faire face à tous les oiseaux que t'as vu passer, envie de tenir une main et de t'envoler en sachant pourquoi. Ouais maintenant je pense que c'est ça la liberté, une direction vers laquelle la donner, car sans but elle est simplement une cicatrice au sucre, qui ne puisse jamais se refermer. Peut être aussi que la véritable liberté est intrinsèquement insaisissable, comme le vent, qu'en fait, tu ne puisse jamais la détenir mais que tant que tu la poursuis, t'es dans le bon. Des oiseaux dans le ciel y en a pleins, venez avec moi et je vous les montrerez, peut être qu'alors vous trouverez cette direction vers laquelle voler. 

16:01 Écrit par L'ap dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

Commentaires

. . . Une question se pose à partir du moment où nous sommes en dehors de l’élément. Celui qui est dedans ne se pose pas la question par évidence que cette question n’a pas lieu d’exister.
A l’instant où il prendra conscience qu’il vole, l’oiseau se posera la question : « Pourquoi, je vole ». Il ne sera plus lui-même. Il tombera comme Icare. Toute question posée est un engrenage irréversible vers d’autres questions. C’est ce qui fait la faiblesse de l’homme et sa force. Le paradoxe est né. Il s’est crée un univers qui s’attache à lui comme une glu et le perd vers l’infini. Il ne peut trouver le repos. Il s’en est fait un vice et l’entretien précieusement. Chaque homme se pose des questions qui ne correspondent pas spécialement à celui de son voisin. Il peut, hélas être contaminer par les questions de son prochain. Si l’exemple est celui de la liberté, il peut considérer que cette liberté n’est pas totalement la sienne. Certaines actions ne sont pas admissibles dans la société où il vit. Il a frustration. Il ne pourra pas s’épanouir complètement. Il est contraint à respecter une liberté imposée, dictée par un ensemble de critères qui ne sont pas révisables qu’au prix de l’acquiescement du plus grand nombre. Il deviendra marginal ou se fondera partiellement à cette liberté, trouvant des parades pour assouvir ces actes, tolérés et s’ils sont condamnables il passera par ses juges. Car la liberté doit être respectée. Au contraire, si cette liberté lui convient, il défendra pied à pied ce privilège dont il jouit, car l’homme est le jouisseur par excellence. La liberté est un vaste sujet : Liberté d’expression, de pensée, d’agir, et toutes les arborescences contiguës au terme liberté. Si la question apporte une réponse – pas toujours – elle n’est pas vérité absolue. Elle est vérité à un instant donné. La liberté d’aujourd’hui ne sera pas la liberté de demain. Cette évolution faite par les questions/réponses permet d’améliorer la condition humaine mais trop souvent le prix à payer est celui des vies qui se comptent par dizaines de millions à chaque modification sociétale et parfois cela n’apporte rien car le chemin n’était pas le bon.

Écrit par : Max-Louis | 04/08/2006

C'est difficile d'être libre ! Il faut essayer d'exister et ce n'est pas simple car cela suppose la découverte de la liberté, c'est -à- dire de s'assumer.
Pour être libre il faut accepter que la conscience est distincte de soi-même :!)
bisou fou en liberté universalisé !!
Yasmina

Écrit par : Yasmina | 05/08/2006

je trouve cela si beau pourtant.... le gazouilli des oiseaux le matin au réveil!quand à la liberté, ne la trouve t'on pas dans notre coeur?!
Bonne journée.

Écrit par : baby | 05/08/2006

Laisse moi tout d'abord te dire que ta "naissance" sur la planète blog ne passe pas inaperçue... J'ai l'impression de te voir partout, et je dois dire que je suis avec attention tes premiers pas qui laissent d'ailleurs des empreintes très marquées (au sens positif j'entends...)...
L'image de l'omelette m'a beaucoup fait sourire... serait-ce que tu ne sais cuisiner que cela pour avoir choisi justement cette recette? mais j'y ai reconnu un connaisseur en la matière !
De la même façon, l'image de l'oiseau est très parlante... pourtant, dès le départ, tu le fais voler dans l'embrasure du vent, lieu par définition limité... est-ce à dire que tu mets sa liberté déjà en doute par cette image, ne serait-ce aussi qu'un leurre? car, même pour lui, son vol et sa direction sont dirigés par des besoins purement concrets (recherche de la nourriture surtout)... Ceux-ci conditionnent ses déplacements en apparence libres... N'en est-il pas aussi ainsi pour l'homme, puisque ses besoins premiers déterminent ses choix...
Mais, le plus important est dit à la fin de ton texte...et de façon très poétique, "tenir une main et s'envoler en sachant pourquoi", en connaissant la direction à suivre, le sens à déterminer...
Merci aussi pour l'invitation à te suivre !
Bonne journée à toi, Apôtre du Vent...

Écrit par : crysalidea | 05/08/2006

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